L’effet de halo

Un jour de rentrée des classes, ma petite dernière m’a dit sur le chemin du retour :

– Ouf papa ! Je suis sauvée, ma maîtresse est gentille !!!

C’est drôle n’est-ce pas ? C’est la première qualité attendue par les enfants lorsqu’ils évaluent leurs enseignants : la gentillesse. La pédagogie passe loin derrière, et heureusement, les adultes sont là pour veiller à remettre du rationnel dans tout ça.

J’ai donc décidé de me faire ma propre opinion, et le lendemain, j’ai accompagné ma fille jusqu’à sa classe pour faire connaissance avec sa super maîtresse… Et là, Waouh ! L’enseignante était un top model ! Une bombe ! Dès qu’elle m’a souri avec ses dents parfaitement alignées et ses yeux en amande, j’ai compris que j’étais face à l’institutrice la plus compétente de l’établissement, voire de la ville, voire de France !

Après ce paragraphe digne d’un boomer coincé dans les années 80, je me dois de rectifier mes propos auprès des personnes qui m’auraient lu au premier degré : l’enseignante était effectivement d’une beauté remarquable. Je n’étais pas là pour évaluer une candidate de Miss France, mais j’ai agi exactement comme ma fille en cochant des cases qui n’avaient absolument rien à voir avec ce qui la faisait briller. J’étais aussi subjugué qu’un fan d’Apple qui découvre le design du nouvel iMac et qui affirme sans aucune résistance intellectuelle que cet appareil ne plantera jamais !

L’effet de Halo

Ainsi agit l’un des biais cognitifs des plus redoutables : l’effet de halo ! Il fait briller une personne, un produit, une marque, une idée… grâce à une qualité qui fait écho en nous. Puis, comme par enchantement, tout le reste se met à briller, y compris des caractéristiques qui n’ont absolument aucun rapport avec le déclencheur.

L’effet de halo négatif existe aussi : si tu attaches de l’importance à quelque chose, et tu te retrouves face à une personne qui t’évoque le contraire, il y a de fortes chances que toutes ses qualités passent à la trappe à cause de ce défaut «majeur».

Ceci est valable dans tous les domaines de vie :

  • L’expression «L’amour rend aveugle» décrit ce phénomène dès le XVIème siècle, avant même que les professionnels de la psyché ne s’intéressent aux biais cognitifs.
  • Le racisme génère un halo négatif : la couleur de la peau détermine les qualités et les défauts de la personne, détestée d’avance…
  • Entre ces deux extrêmes, se trouve une multitude de situations troublées par l’effet de halo. Il est partie-prenante dans de nombreux processus comme la Qualité d’une relation, la Décision d’un achat, l’Adhésion à une idée, etc.

Il s’agit d’un phénomène inconscient, donc la mauvaise-foi est souvent au rendez-vous :

– Ne doutez pas de mon jugement concernant l’enseignante de ma fille ! Je sais évaluer les bons pédagogues en 5 minutes. Il y a des signes qui ne trompent pas un professionnel comme moi !

– Il a vraiment été le meilleur ! Et je ne dis pas ça parce que c’est mon fils…

– Il a réussi tous les tests, mais je ne le sens pas ! Crois-moi, j’ai assez d’expérience pour détecter les gens chelous…

Utilisation de l’effet de halo

L’inconscient sait reconnaître ce biais et l’utiliser : je me souviens de la fois où une formatrice m’a demandé de présenter une idée à son Responsable de Formation… Je lui ai alors demandé :

– Pourquoi tu ne lui présentes pas ton idée toi-même ?

– Parce qu’il ne m’aime pas, et il ne m’écoutera pas. Toi, il t’adore ! Il va trouver ton idée géniale !

Autrement dit (en langage pro) :

– Je ne bénéficie pas de ton «effet de halo». Je te prends comme intermédiaire pour influencer la décision et donner à mon idée une chance d’aboutir.

Ce n’est qu’un exemple. Il y en a beaucoup d’autres que j’explore dans mes formations.

Gérer l’effet de halo

Si tu travailles dans un secteur qui se confronte régulièrement à ce biais (par exemple le secteur du recrutement), ne te dis pas qu’un vrai professionnel comme toi ne se laisse pas berner par ses biais ! Dis-toi que de vrais professionnels savent s’organiser pour y faire face.

Je rappelle qu’à l’image de la plupart de biais cognitifs, l’effet de halo est difficile à maîtriser. C’est pourquoi on parle de Gestion : c’est comme le temps. On ne peut pas l’empêcher de couler, mais on peut gérer son temps, et même l’utiliser comme ami.

Cela passe par une formation sur les biais les plus courants et éventuellement par un coaching qui te permettra de reconnaître tes «biais préférés» et la façon dont ils se manifestent.

C’est un peu comme si tu voulais arrêter de fumer :

  • Une formation sur les méfaits du tabac et sur les motivations humaines qui permettent de faire face à une addiction, t’aideront à mieux connaître ton ennemi.
  • Un coaching te permettra de te situer dans tout ça. Tu pourras ensuite choisir tes armes, les utiliser et les ajuster au fil du projet de sevrage.

Voici 3 clefs pour mieux gérer l’effet de halo :

  1. Prends tes décisions à froid afin d’atténuer l’effet de surprise et réviser ton jugement.
  2. Fais appel à d’autres acteurs qui n’ont pas les mêmes biais que toi, et dans le cas de l’effet de halo, qui n’ont pas les mêmes déclencheurs que toi
  3. Evite de te retrouver face au piège, si tu pressens qu’il ‘attend au tournant (comme un fumeur en sevrage qui préférera la zone non-fumeur d’un restaurant).

Un exemple de gestion

Tu travailles dans le recrutement, et tu dois trouver un Responsable Logistique pour un client. Un candidat arrive avec un casque de moto… Tout le long de l’entretien, tu te dis que tu as devant toi le candidat idéal. Il a, sans aucun doute, toutes les qualités requises pour le poste, vu que c’est un motard !

Solution 1 : Comme tu te connais, tu sais que pour toi, les motards sont de bonnes personnes et qu’on ne devient pas motard par hasard. Tu es sous l’effet de halo. Ça va être difficile de dire non à cet homme envoyé par la providence. Mais tu peux t’autoriser à donner une réponse quelques jours plus tard. Dans le cadre d’un recrutement, c’est souvent recommandé, d’autant plus que tu as d’autres candidats à voir. A froid, parmi les questions que tu as préparées, demandes-toi si le biais de halo  est présent dans le processus décisionnel (tu peux dresser une liste d’autres biais possibles).

Solution 2 : Tu peux aussi faire appel à des collègues qui ne sont pas du tout impressionnés par les motards. Si tu travailles avec des collègues bienveillants qui reconnaissent les biais, vous pourriez même vous organiser pour vous entraider lorsqu’un biais fait son apparition.

Ce qui nous ramène à la troisième solution : en voyant le casque de moto, Myriam, ta collègue, te dira :

  • Je vais m’occuper de ce candidat, c’est préférable…
  • Hum… Tu sais, je peux gérer !
  • Oui, je sais que tu es un grand professionnel, mais comme tu tiens en main le dossier vert (le contrat de travail) au lieu du dossier rouge (processus d’évaluation), j’ai repensé à ce que Stéphane nous a appris lors de notre formation et je me suis dit que c’était à moi de jouer…
  • Ah… D’accord !

A présent, supposons que tu aimes les motards, que Myriam aime les parfums de chez Balmain, et que Laurent, ton troisième collègue aime la ponctualité. Le motard arrive en avance, et lorsqu’il enlève son écharpe un doux parfum de «Vent Vert» se diffuse dans l’atmosphère…

Ne ris pas ! On m’a déjà posé cette question lors d’une formation, et ma réponse fut immédiate :

– Dans ce cas, il mérite le poste !

A++

Stéphane SOLOMON