Une case trop petite
J’ai terminé l’article précédent en t’expliquant qu’il existait une deuxième raison pour laquelle Nadine m’avait interdit de parler d’intelligence artificielle lors de ma première mission.
Je t’ai proposé de chercher cette raison en te donnant quelques indices.
D’après ce que nous avons conclu, Nadine et moi, il s’agit même de la principale raison. Et même si cette thématique est connue en matière de Développement Personnel, elle va certainement te surprendre dans notre contexte.
Il s’agit de :
La Légitimité
Pour Nadine, j’étais coach. Créatif, original… Mais coach ! Lorsque j’ai commencé à parler des outils fondés sur l’IA que j’ai créés, Nadine sentait que je tentais de sortir de la case qu’elle m’avait attribuée. Lors de nos explorations des zones d’ombre, elle m’a clairement dit que c’était un véritable problème chez elle ! Selon elle, toute personne qui excelle dans un domaine ne peut se permettre de vagabonder dans d’autres domaines, car elle perdra inévitablement en compétences.
Les compétences multiples surprennent beaucoup de gens, en particulier lorsqu’on en fait des métiers. Bien sûr, si tu es chef de chantier, personne ne te reprochera de gratter ta guitare le week-end pour te détendre. Mais ne t’avise pas de proposer des cours de guitare… Prof de guitare, c’est un vrai métier ! Ça suppose une bonne maîtrise de l’instrument, une véritable capacité d’écoute, de la pédagogie, de l’autorité mêlée de bienveillance, etc.
Or quelles sont les compétences d’un bon chef de chantier ? La maîtrise des outils, l’écoute de son équipe, la pédagogie, l’autorité bienveillante… D’un métier à l’autre, beaucoup de compétences sont transférables. Quant à l’organisation nécessaire pour mener deux activités en parallèle, si tu ne sais pas comment t’y prendre, demande à un chef de chantier…
En retournant chez Nadine récemment (deux ans après ma première mission), je lui ai confié que j’ai créé une société de formation en IA… Elle a eu un mouvement de recul que je lui ai fait remarquer quelques séances plus tard. Et comme on avait déjà exploré les zones d’ombre, elle n’a pas tergiversé avant d’avouer qu’elle aurait aimé créer un pôle formation au sein de son entreprise, mais qu’elle ne s’y était pas autorisée.
Nadine m’a également expliqué qu’elle avait horreur des slasheurs ! Pour elle, il s’agit de personnes qui se cherchent en permanence mais qui ne font rien sérieusement…
En me condamnant au mutisme deux ans plus tôt, elle était convaincue qu’elle protégeait ma crédibilité. À ses yeux bien sûr, mais aussi aux yeux de ses employés car elle avait tendance à croire que tout le monde pensait comme elle (ça aussi, ça a fait l’objet d’une belle séance de coaching sur un biais nommé «effet de faux consensus»).
Et toi ?
Je vais oser te poser la question du jour :
Et toi ? As-tu tendance à croire qu’il est impossible d’exceller dans plusieurs domaines professionnels ?
- Est-ce que le coach que je suis pose un voile sur mes compétences en matière d’IA, me plaçant dans la case « gentil tripoteur de ChatGPT » ?
Autre scénario : constatant que j’ai largement dépassé le niveau du tripoteur :
- L’érudit en IA (et en informatique en général) aurait-il relégué le coach au second plan ?
Nadine s’est baladée dans les deux univers avant de se libérer de sa Croyance Limitante. Une séance avec moi a lancé le mouvement, puis elle a poursuivi seule grâce à mes outils d’auto-coaching fondés sur l’IA. Le coach n’a donc aucun problème à laisser l’IA prendre le relais lorsqu’elle peut le faire utilement. Ca permet de réduire la facture, et donc de faire accepter mes prestations plus facilement.
Alors si tu te demandes encore si je suis coach ou spécialiste en IA, la réponse est :
Oui.
Une question reste en suspens
Comment un coach expérimenté a-t-il pu lâcher l’affaire aussi vite lorsque Nadine l’a condamné au mutisme, alors que sa Zone d’Ombre sautait aux yeux ?
La réponse n’est pas très confortable pour moi : à cette époque, ma propre Légitimité en matière d’IA avait été fragilisée. Je venais de promouvoir dans cette Newsletter un programme fondé sur mes outils, et certaines réactions avaient été particulièrement dures, notamment de la part de lecteurs que j’estimais.
Le plus difficile avait été de sentir que certains lecteurs, pourtant familiers de mes valeurs depuis des années, m’associaient à des pratiques ou des intentions malsaines dès qu’il était question d’IA. Et le coup de grâce est arrivé peu après : malgré tous mes efforts, j’ai dû annuler le programme faute d’inscriptions suffisantes.
Ces réactions n’étaient pas responsables de la façon dont je les avais accueillies, mais elles avaient fragilisé ma conviction de pouvoir me vendre dans ce domaine. Lorsque Nadine m’a demandé quelques semaines plus tard de me taire sur l’IA, elle a donc appuyé exactement là où ça faisait mal. Pris dans mes émotions, je suis passé à côté de sa Zone d’Ombre, pensant que sa critique envers les employeurs favorables à l’IA était un Conflit de Valeurs.
Pour conclure
Le principal blocage de Nadine ne concernait pas l’IA, mais sa difficulté à accorder de la légitimité aux professionnels qui multiplient leurs activités. Son rejet de l’IA a servi de paravent à sa Zone d’Ombre. Lors de ma première mission, je ne l’ai pas vu, et son équipe en a souffert. Lionel en a fait les frais.
Aujourd’hui, libérée de sa Croyance Limitante, Nadine entraîne son équipe vers de nouveaux possibles. En ce qui me concerne, le petit bonhomme interdit d’IA est devenu une référence dans l’intégration des intelligences artificielles aux métiers.
En ce qui concerne mon activité en ligne, l’échec de mon premier programme ne m’a pas empêché de progresser. Bien au contraire : j’ai retravaillé mes outils, simplifié leur utilisation, et surtout, ces applications tiennent compte désormais de toutes les craintes légitimes qui m’ont été opposées (confidentialité, souveraineté, sécurité, écologie)…
C’est sur cette base que j’ai construit le nouveau programme que je te présenterai bientôt.
Mais avant ça, revenons à la Légitimité. Si tu estimes que je perds ma crédibilité de coach en mettant en avant ma spécialité en IA, tu ne poses peut-être pas seulement un jugement sur moi. Tu poses aussi une limite à ce que tu t’autorises.
Et si tu dérives vers la critique me concernant, essaie de distinguer le Conflit de Valeurs de la Zone d’Ombre. Dans le premier cas, la critique peut être parfaitement légitime. Dans le second, tu risques surtout de perdre encore deux ans à combattre le mauvais problème.
Alors je te repose la question en changeant de nombril :
As-tu tendance à croire qu’il est impossible d’exceller dans plusieurs domaines professionnels ?
A++
Stéphane SOLOMON
Éclairant, comme toujours.
De mon côté, ton adoption et ton utilisation de l’IA m’a immédiatement paru en adéquation parfaite à l’image que j’ai du coach Stéphane, même si forcément cette image ne correspond pas plus à la réalité que celle de Nadine.
Et, comme toujours, à la lecture de tout ce que tu produis, cela me donne matière à réfléchir, ici à ma perception des autres et à la perception que les autres ont de moi.
Merci Christophe,
C’est en effet l’un des effets majeurs que ce type d’article peut provoquer, au-delà de l’historie spécifique. Je t’invite d’ailleurs à une option encore plus large que j’évoque dans l’article :
L’effet de faux consensus
Bonne (re)découverte.
Les compétences transversales…
Elles embêtent souvent car empêchent de bien faire rentrer dans des cases.
Je me suis longtemps justifiées, notamment lors de recrutements. Maintenant je ne le fais plus mais mon parcours peut donner lieu à de beaux échanges.
Pour l’IA, comme tout ce qui consomme de l’énergie (souvent cachée), je préfère identifier les besoins réels avant utilisation.
Merci Mélina,
Que ce sujet t’interpelle ne m’étonne pas 😉
Ca me rappelle quelque chose d’amusant : récemment, mais fille a été interrogée par le père de son petit copain, à propose des professions de son père et de sa mère. Pour sa mère elle a su répondre (même si elle a fait plusieurs métiers dans son parcours, elle a un métier clairement nommé aujourd’hui).
Pour son père, elle a répondu :
J’aurais préféré qu’elle réponde :
Mais bon… Elle est encore en formation 😉
Mes enfants seraient en avance?
J’ai entendu quelqu’un dire à mes enfants qu’il ne savait pas ce qu’est une aumônière et demander des précisions. Ils ont répondu que je répond aux besoins
Bonjour Stéphane,
Alors pour répondre à ta question, pas du tout ! dans le milieux professionnel ou j’évolue (la recherche scientifique), les personnes ayant d’autres domaines d’excellence, et même pouvant en faire un second metier, sont nombreuses. Un de mes collègues a monté son entreprise d’élagage d’arbres, un autre gère un pub à mi-temps. Un troisième a carrément bifurqué vers la permaculture.
Moi même j’ai plusieurs casquettes dont certaines pourraient devenir semi-professionnelles…
C’est drôle ce que tu dis à propos de l’élagage…
Hier, j’ai élagué un arbre chez moi (qui donne sur la rue) avec un ami qui sait grimper aux arbres. Pour ma part, je découpais les branches qu’il lançait en petits morceaux pour que la poubelle ne soit pas saturée trop vite…
Un passant nous observe, et nous dit :
Pour rire, je lui ai dit : 700€/jour (c’est mon TJM)
Il a répondu : ça va ! C’est pas trop cher, même s’il y a moins cher…
J’aurais pu continuer à m’amuser en mode quiproquo volontaire, mais j’ai préféré lui expliquer que ce n’était pas notre métier.
Ce à quoi il a répondu :
Vu mes courbatures, c’est tout réfléchi 🙂
Dans ma vie, j’ai été Professeur d’ Espagnol, conseillère en formation continue, critique dramatique, co-directrice de deux petits théâtres parisiens, directrice de centre culturel français à l’étranger, attachée culturelle auprès d’ambassades de France, créatrice d’un musée en Espagne, Alors comment pourrais-je croire que l’on doit se cantonner à un domaine professionnel??
Oui, te connaissant, je suppose que cet article t’a parlé. Ton expérience démontre qu’on peut faire plusieurs choses dans une vie (et entre autres que la retraite n’est qu’une étape administrative).
Du coup, j’ai deux questions :
En ce qui me concerne, dans l’expérience que je décris (tant avec Nadine qu’avec mon audience dans cette Newsletter), je constate que le coach souffre en mettant en avant une nouvelle spécialité, et c’est la première fois que je rencontre ce cas de figure. Habituellement, je suis dans le cas de figure numéro (1).
Lorsque j’ai cessé mon activité informatique pour devenir coach à temps plein (il y a 18 ans), beaucoup de mes clients ont bien accueilli la nouvelle, en jouant le jeu (en faisant travailler le coach).
J’ai déjà vu des situations où les gens avaient du mal à s’organiser (du moins dans un premier temps), mais là, j’ai perdu plus de 100 lecteurs depuis que je parle d’IA… Et parmi eux, 3 ou 4 lecteurs de longue date !
Toujours interpellant tes interventions ! Merci ! Je pense que l’on peut exceller dans plusieurs domaines à condition d’avoir l’esprit grand ouvert, être désirant de connaître , d’apprendre, de sortir de ma zone de confort puis oser transmettre! par contre la problématique de la légitimité me côtoie régulièrement! pour l’ IA, il a fallu que je m’y frotte et ensuite ose l’utiliser (merci à toi) et maintenant j’utilise la panoplie à disposition pour écrire et me cadrer !
Bonjour Stéphane, bonjour à tous,
En ce qui concerne l’IA je serais très très bref car c’est un domaine qui ne m’a jamais attiré et je dirais même que cela me fait fuir mais ce n’est pas la question du jour.
Je pense qu’il est tout à fait possible exceller dans plusieurs domaines qui nous passionnent. En cherchant bien on pourrait sans doute trouver de nombreux exemples.
Heureusement non !
Être enfermé dans une seule case quel appauvrissement de l’humanité
Ma petite expérience : lors de vacances j’ai eu l’occasion de retester la poterie ( ma 1ere expérience datant de mon adolescence) et là révélation je suis faite pour ça, c’est ma vie. Cependant je commence seulement au bout de 3 ans à estimer que je peux apprendre aux autres , que je peux vendre ce que crèe.Il aura fallu le regard bienveillant de proches pour que je crois en moi .Et encore j’ai des doutes tous les jours .Et pourtant les compétences ďites transversales sont complètement applicables dans mes 2 métiers : consultante formatrice et potiere