a-La peau de banane

L’histoire se passe en 1972. Je viens d’avoir 5 ans, et mon père me donne une règle de conduite :

Si tu vois une peau de banane par terre, ramasse-la et jette-la dans une poubelle !

Je n’avais pas besoin d’analyser le pourquoi du comment pour obéir. Le fait que mon père me le demande était suffisant. Je crois que tous les enfants ont envie de plaire à leurs parents et d’exister à travers leur regard.

Il y avait beaucoup de peaux de bananes qui traînaient à l’époque. Lorsque je me promenais avec mon père, j’étais content de lui lâcher la main quelques secondes, le temps de ramasser une peau de banane puis de revenir vers lui une fois ma mission accomplie. Il me caressait alors le bout des doigts avec son pouce pour exprimer sa fierté. Il m’aimait, et comme je voulais lui ressembler, je m’aimais aussi…

A priori, ramasser une peau de banane fait penser à une action civique. Mais à 5 ans je n’avais pas conscience de cette portée là. La seule chose qui comptait, c’était de faire la fierté de mon père. Savait-il, en me donnant cette loi qu’il venait de m’offrir une technique mentale pratique, rapide, facile, sublime… pour me sentir aimé instantanément ?

C’est possible… Il était fort en Amour, mon père !

Parfois, je me promenais tout seul dans le centre commercial à ciel ouvert où il avait son atelier d’imprimerie, et dès qu’une peau de banane apparaissait, je la ramassais pour la déposer dans l’une des cinq poubelles qui décoraient le lieu. Je me demande si quelqu’un d’autre que moi se souvient qu’à l’époque, il y avait cinq poubelles là-bas.

Après mon action je jetais un coup d’œil furtif vers le petit local… On ne sait jamais : peut-être mon père me surveillait-il en prenant sa pause… Mais même si je ne le voyais pas, même s’il ne me voyait pas, je ressentais une aura d’Amour se former autour de moi, à chaque fois que j’accomplissais ce petit geste…

Lorsque je sortais de son cadre d’influence, par exemple en allant au centre ville avec ma mère, mon grand frère ou mes grands-parents, j’obéissais toujours à cette loi… J’étais connecté à mon père. Même à distance et hors de son champ de vision, je ressentais toujours le même bénéfice intérieur.

Naissance d’un paradigme

Avec mon regard de coach, je sais aujourd’hui que mon père a fait naître en moi un paradigme : une loi personnelle, intime, qui n’est pas obligatoire (surtout hors de sa présence), mais dans mon petit monde de garçon de 5 ans, elle est vite devenue incontournable. J’allais donc grandir avec ce principe…

Un jour, quelques mois avant mes 6 ans, une vieille dame me félicita pour mon geste, me disant que si je n’avais pas ramassé cette peau de banane, elle aurait probablement glissé dessus. Je fus très étonné de voir une inconnue exprimer sa Gratitude face à cet acte. Ce qui m’a amené à me poser des questions d’enfant :

– Tiens ! Il y a une utilité dans ce geste ? Il y a d’autres personnes qui m’apprécient en m’observant, donc ça ne se passe pas uniquement entre mon père et moi… ?

A partir de ce jour là, quelque chose de nouveau est apparu dans ma vie : à chaque fois que je ramassais une peau de banane, il y avait un adulte qui me souriait avec un regard approbateur. Pensez-vous que tous ces gens me souriaient avant ce jour, et que je ne les voyais pas ? Je me pose encore la question… Remarquez : le résultat est le même. Si on ne voit pas une chose, même si elle se répète chaque jour plusieurs fois, c’est comme si elle n’existait pas !

Le monde des adultes, qui représentait un vrai mystère pour moi venait donc de m’ouvrir une porte : j’ai fait connaissance avec l’estime de soi. Quel cadeau ! Mon père savait-il que j’allais en avoir tellement besoin ? En a-t-il bénéficié pendant son enfance ou a-t-il décidé d’être l’acteur de cette genèse ?

Aujourd’hui, je transmets à mes enfants cette capacité de s’aimer. C’est tellement simple : il leur suffit de me faire plaisir à travers un acte transcendant. Un acte qui les dépasse et qui me dépasse aussi… Une multitude de choses magiques et inexplicables apparaissent et font le reste. Elles nous caressent et nous protègent : tout devient doux, souriant, rassurant…

La peau de banane a continué à me surprendre d’année en année. A chaque étape de ma vie elle m’a apporté de nouvelles sensations. A l’âge de 7 ans, 10 ans, 14 ans, 25 ans, 40 ans… elle a changé de signification, de lieu, de forme, de portée… Et lorsque la douleur de perdre mon père fut à son apogée, c’est encore ce paradigme qui m’a donné la force de me relever. C’est une force qui m’habite et qui m’anime.

Et si nous allions plus loin ?

Chaque année en commémorant le décès de mon père, l’histoire de la peau de banane me revient en mémoire et me livre encore ses secrets. J’ai écrit cette histoire en 2013, 6 ans après son Grand Départ. J’ai pris conscience que j’étais capable de nous raconter mon père et moi, et j’ai eu envie de partager cette expérience avec un maximum de personnes. Si la suite vous intéresse, vous pouvez la recevoir à raison d’un petit article par jour, pendant 5 jours. Une semaine sympathique s’annonce, faite de découvertes, d’émotions, de partage…

C’est un programme d’auto-coaching d’éveil d’une semaine. Si ce que vous venez de lire vous a apporté quelque chose, quoi que ce soit, je suis sûr que la suite vous donnera de multiples satisfactions. A travers différentes approches, sous le regard du coach, parfois adulte parfois enfant, j’explorerai avec vous les facettes de cette mission, qui d’année en année m’a permis de Devenir.

Et surtout, ce sera pour moi l’occasion de rendre hommage à mon père, mon repère…

Vous pouvez y inviter vos amis, en prenant soin de ne pas leur forcer la main. Envoyez-leur juste un courrier électronique avec un lien vers cette page. Ils prendront ensuite leur décision librement.

Vous pouvez également partager cette ressource sur Facebook.

Au plaisir,

Stéphane SOLOMON

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