Le Bonheur de Neige

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C’était au mois de janvier 2013. Plusieurs centimètres de neige recouvraient les rues de mon quartier, et nous avons décidé ce dimanche-là de rester à la maison, bien au chaud. Je lisais un livre, ma compagne rédigeait des cartes de vœux, mes enfants dessinaient sur la table du salon, leur mamie les regardait, l’œil à la fois fier et chagriné :

Elle leur avait promis de les emmener au manège… Elle était même venue pour ça.

Ma grande fille (7 ans) venait de terminer son dessin. C’était un skieur qui dévalait une pente, que seul un être dessiné était capable d’affronter. Elle décida de titrer son œuvre « la piste infernale », et afin d’écrire ces mots comme il faut, elle demanda à sa grand-mère :

– Mamie, comment on écrit « piste ? »

Il faut dire que Mamie est sourde d’une oreille, et entend très mal de l’autre. Aussi elle commença à épeler :

– T…R…I…S…T…E…

Sensible au « message » que cet instant me renvoyait, j’ai décidé de poser mon livre. J’ai pris mes gants, mon écharpe, mon manteau et j’ai demandé à mes enfants d’en faire autant. Leur donnant à chacun un récipient correspondant à leur capacité, je leur ai demandé de le remplir de neige et de venir déposer leur collecte au milieu de la terrasse. Puis de recommencer, afin de former une montagne de neige. Mamie nous regardait à travers la baie vitrée.

Mes trois filles récupéraient la neige du jardin. Mon fils, joignant l’utile à l’agréable, remplissait des seaux en allant se servir sur la voiture. Une demi-heure plus tard, nous avions assez de matière pour construire notre bonhomme de neige. Il faut une sacrée quantité pour le faire. C’est facile en montage, car la neige est abondante, il suffit de brasser. Mais en ville, il faut en remplir des seaux…

Toutefois, la joie d’être ensemble, et l’objectif que nous visions était bien plus forts que les petits tracas et les contrariétés qui jalonnent tout projet. Le fils des voisins, d’abord amusé par le va-et-vient, puis motivé par l’aventure, décida de nous prêter main forte.

Au bout d’une heure, nous avions notre Bonhomme. Il siégeait fièrement au milieu de la terrasse. Assis dans la salle à manger, il nous suffisait de jeter un coup d’œil vers l’extérieur pour le voir afficher un large sourire. Il était temps de retourner au chaud. Mamie, qui avait contemplé le notre manège en applaudissant à chaque étape, était aux anges et félicita son petit monde. Elle servit un chocolat chaud à ses petits chéris qui avaient si bien travaillé.

Ma fille se remit à dessiner. Elle décida de reproduire notre œuvre sur papier. Une fois le dessin terminé, elle demanda à sa mamie :

– Mamie, comment on écrit «Bonhomme» ?

Mamie épela doucement :

– B…O…N…H…E…U…R…

C’est ainsi que ce dessin fut intitulé « LE BONHEUR DE NEIGE ».

A++

Stéphane SOLOMON

Regard

Le regard du Coach

Cette histoire, publiée à plusieurs reprises sur différents médias et supports, a souvent fait réagir les lecteurs sous l’angle du joli conte. C’est mignon… C’est attendrissant… C’est poétique…

Je suis d’accord. Tu imagines qu’en vivant cet épisode, j’ai été saisi d’une foule d’émotions.

Mais publiée dans un cadre de Développement Personnel, cette histoire propose d’aller plus loin. Beaucoup de valeurs humaines y sont véhiculées, et au-delà du côté «mignon», ce sont elles qui la rendent touchante.

Au cœur de cette histoire, se trouve le concept de la Perception ! Lorsque Mamie est triste, elle entent de la tristesse, et lorsqu’elle est heureuse, elle entend du Bonheur… Nous vivons tous ainsi. Même si notre perception auditive est plus aiguisée que celle de Mamie, notre humeur modifie notre perception de la vie. Un jeune-homme qui voit une jeune-femme lui sourire, pourrait y percevoir de la moquerie, en particulier s’il est mal à l’aise dans son costume. A l’inverse, s’il a une bonne confiance en sa séduction, il percevra dans ce sourire une invitation à faire connaissance. Pourtant, c’est le même sourire. Ce qui détermine son avenir, c’est le Monde Intérieur du lauréat au moment où l’évènement se produit…

Comment passer à côté du Leadership apparent dans cette histoire ? Bien sûr que c’est amusant de construire un bonhomme de neige, mais en t’autorisant une relecture sous l’angle du Leadership, tu constateras qu’au commencement, j’étais le seul à savoir ce que j’allais faire avec toute cette neige. Les enfants sont sortis de leur zone de confort sans hésiter, sachant d’avance que ce que je leur réservais était un bon moment. C’est exactement la même chose en affaires, ainsi que dans un cadre associatif. On ne suit pas un Leader parce qu’on sait d’avance ce qui nous attend, on le suit parce que jusque-là, la Relation a toujours été Gagnant/Gagnant. Avec lui, on peut entamer une aventure même si elle est pleine de mystères, et même si elle demande un effort. C’est gagné d’avance !

Les amoureux de l’Organisation et du Management reconnaîtront quelques lignes réservées à ces grands axes de Développement Personnel. Visiblement, ce jour-là j’étais bien inspiré, puisque même le fils du voisin a rejoint mon style de management. L’oeuvre en cours de réalisation demandait pourtant des efforts. Pourquoi n’est-il pas resté spectateur ?

Les plus curieux me demanderont quel livre je lisais avant de le poser pour passer à l’action ? Aurait-il eu une influence sur ma décision ? Evidemment ! Il s’agissait du livre «Tout est dans l’attitude» de Jeff Keller. Un livre que je recommande à toute personne qui a tendance à placer les compétences AVANT l’Attitude. Un peu comme ce médecin qui ne comprend pas pourquoi malgré ses multiples diplômes, les enfants se mettent à hurler dès qu’il s’approche avec son stéthoscope en main, alors que son confrère d’en face exerce une toute autre forme d’influence. Serait-il possible que ce soit parce qu’il écoute d’abord les battements de cœurs du doudou ?… Forcément, en lisant ce livre, faire tourner un manège sur ma terrasse m’est apparu comme une Belle Attitude…

Et la manipulation, on en parle ? Si ce que j’ai fait n’est pas une manipulation mentale (certes bienveillante), alors qu’est-ce que c’est ? Mamie, j’en ai fait ma chose ce matin-là. Je savais où je voulais l’emmener, elle n’en savait rien ! Je l’ai baladée d’une émotion à l’autre sans qu’elle ne s’en rende compte. C’est à tel point qu’aujourd’hui encore, elle ne sait même pas que c’était volontaire, calculé, mesuré… Que son humeur a changé grâce à une stratégie, et que derrière toute stratégie, il y a un stratège…

Mais de quel droit ai-je fait cela ? Mamie n’a rien demandé ! Elle n’a fait que soupirer… N’aurait-il pas été plus simple de lui demander de rentrer soupirer chez elle ?!!!

Vous avez certainement reconnu à travers ma décision de passer à l’action, une certaine Empathie ! Encore un énorme morceau, auquel les livres de Développement Personnel consacrent des chapitres entiers… Nous y reviendrons dans bien d’autres articles.

Je terminerai par une citation que cette re-publication vient de m’inspirer :

L’Empathie permet de capter les appels de ceux qui n’osent plus rien demander… Elle transforme un regard discret en phare, un murmur en cri, un soupir en tempête, un sourire en feu d’artifice…

A++

A++

Stéphane SOLOMON